De la religion de Dieu à la religion technologique

Internet et Moyens de communication

Devant l'avènement des moyens de communication sociale moderne que sont Internet et le Web, et plus généralement des médias, l'Eglise Catholique a depuis le début de son développement adopté une attitude ouverte et positive : "(...) l'Eglise a souvent exprimé sa conviction selon laquelle les médias sont, à travers les paroles du Concile Vatican II, « de merveilleuses découvertes techniques » qui font déjà beaucoup pour répondre aux besoins humains et qui peuvent faire encore plus." [1].

Les médias et plus particulièrement les moyens de communication sociale sont perçus par l'Eglise comme un moyen de rapporchement entre les hommes, en effet : "Selon l'intention de la Providence, ils doivent engendrer entre les hommes des rapports fraternels, susceptibles de favoriser son dessein de salut ». Cela demeure notre opinion, et c'est l'opinion que nous avons d'Internet." [1].

Pour l'Eglise, Internet et les moyens de communication sociale sont des moyens de contribuer à une meilleure organisation de la société, ainsi : "[L'Eglise] désire encourager leur correct développement et leur correcte utilisation pour le bien du développement humain, de la justice et de la paix — pour l'édification de la société au niveau local, national et des communautés à la lumière du bien commun dans un esprit de solidarité." [1].

Pope meets with Microsoft and IBM to push for ethics in Artificial Intelligence - ROME REPORTS in English

Les médias et Internet sont donc des outils que non seulement l'Eglise utilisent mais qui pour elle apporte de nombreux avantages, ainsi : "Ils transmettent des informations sur les événements, les idées et les personnalités religieuses. Ils sont des vecteurs d'évangélisation et de catéchèse." [1].

Et l'Eglise prône depuis la naissance d'Internet et du Web leur utilisation par ses paroisses, congrégations, institutions et organisations religieuses, car : "Le Saint-Siège est actif dans ce domaine depuis de nombreuses années et continue d'étendre et de développer sa présence sur Internet." [1]. Elle y voit un outil de communication tant interne qu'externe, un outil de formation et d'éducation, 

L'Eglise condamne les dérives du Net, et plus particulièrement les attaques dont elle fait elle-même l'objet : "Parmi les problèmes spécifiques soulevés par Internet, figure la présence de sites incitant à la haine, attachés à diffamer et à attaquer des groupes religieux et ethniques. Certains de ceux-ci visent l'Eglise catholique." [1].

Dans un respect de liberté d'expression, l'Eglise, s'appuie sur une forme d'autorégulation et si nécessaire de l'intervention des autorités pour faire face à ces dérives, ainsi : "Et tandis que le respect pour la liberté d'expression peut exiger de tolérer jusqu'à un certain point même des messages de haine, l'auto-régulation de l'industrie — et, lorsque cela est nécessaire, l'intervention des autorités publiques — devrait établir et appliquer des limites raisonnables à ce qui peut être dit." [1].

Mais Internet et aussi un formidable outil de rencontre et de coopération entre les hommes et entre les religions, ainsi pour ce qui concerne les responsables ecclésiaux : "Ils devraient employer cette remarquable technologie dans de nombreux aspects de la mission de l'Eglise, tout en explorant également des opportunités de coopération œcuménique et interreligieuse en ce qui concerne son utilisation." [1].

L'Eglise voit donc dans le Net un outil d'enseignement de sa doctrine, mais également un moyen de rencontre et d'épanouissement tant pour les fidèles que la société en générale. Consciente des risques que comporte l'espace cybernétique, elle met en garde sur la nécessité d'être vigilant par rapport à ces dérivres que sont les sites haineux, les sites pornographiques, les sites pédophiles, etc, ainsi : "La prudence est nécessaire, afin de voir clairement les implications — le potentiel de bien et de mal — dans ce nouveau moyen et de répondre de façon créative à ses défis et à ses opportunités. (...). La modération est nécessaire — une approche auto-disciplinée de ce remarquable instrument qu'est Internet; afin de l'utiliser sagement et uniquement pour le bien." [1].


[1] John P. Foley, Pierfranco Pastore, "L'Eglise et Internet", Conseil Pontifical pour les communications sociales, 2002, http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/pccs/documents/rc_pc_pccs_doc_20020228_church-internet_fr.html




Installation "BlessU-2" / LichtKirche Wittenberg (Segensroboter / Blessing Robot) - EKHN/Medienhaus

Des pourceaux aux cyborgs

Certains épisodes Bibliques peuvent nous faire nous poser la question de savoir si le transhumanisme n'est autre que l'autoréalisatision de notre faiblesse humaine.

Serions-nous si fragile, nous, créés à l'image de Dieu, que nous en somme à faire "le malin". En effet, qu'est-ce d'autre que de vouloir s'augmenter ses capacités cognitives que de "faire le malin".

Les industriels des technologies transhumanistes, neurotechnologues et autres nanotechnologues ne se prennent-ils pas pour plus fort que la nature à vouloir nous prendre pour des "pourceaux" dans lesquels on ajouterait implants et autres subterfuges technologiques. Sous prétexte que notre mal, l'intelligence artificielle, risque de nous dépasser, nous n'aurions d'autres choix que, dans cette course perdue d'avance, de nous augmenter pour pouvoir "faire le malin".

Nos démons ne sont-ils pas notre crainte de notre finitude et notre course à la performance pour toujours plus de productivité dans une société capitaliste qui ne rêve que de voir ses profits grimper jusqu'au ciel.

Ainsi comme nous l'enseigne Matthieu dans son verset 8.32 [1] :

"Jésus, plus fort que la nature et les démons

 Jésus, voyant une grande foule autour de lui, donna l’ordre de passer sur l’autre bord.
 Un scribe s’approcha, et lui dit : Maître, je te suivrai partout où tu iras.
 Jésus lui répondit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu où il puisse reposer sa tête.
Un autre, d’entre les disciples, lui dit : Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père.
Mais Jésus lui répondit : Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts.
Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent.
Et voici, il s’éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait.
Les disciples s’étant approchés le réveillèrent, et dirent : Seigneur, sauve, nous périssons !
Il leur dit : Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme.
Ces hommes furent saisis d’étonnement : Quel est celui-ci, disaient-ils, à qui obéissent même les vents et la mer ?
Lorsqu’il fut sur l’autre bord, dans le pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des sépulcres, vinrent au-devant de lui. Ils étaient si furieux que personne n’osait passer par là.
Et voici, ils s’écrièrent : Qu’y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ?
Il y avait loin d’eux un grand troupeau de pourceaux qui paissaient.
Les démons priaient Jésus, disant : Si tu nous chasses, envoie-nous dans ce troupeau de pourceaux.
Il leur dit : Allez ! Ils sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux.
Ceux qui les faisaient paître s’enfuirent, et allèrent dans la ville raconter tout ce qui s’était passé et ce qui était arrivé aux démoniaques.
Alors toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et, dès qu’ils le virent, ils le supplièrent de quitter leur territoire. ".



D'aucuns ont le projet de nous prendre pour des pourceaux bibliques connectés au Cloud, ainsi des sociétés travaillent sur le projet de connecter au Cloud nos cerveaux via des implants neuronaux.

L'entreprise Neuralink, par exemple, développe une interface cerveau-machine (ICM), c'est-à-dire un sytème qui connecte directement notre cerveau à un ordinateur via des capteurs qui interprétent nos signaux neuronaux.

Ces technologies sont invasives et nécessitent de se faire implanter dans le cervaux des fils de quelques microns connectés à un implant sous-cutané, ainsi : "L'implant sera branché à une multitude de fils, traversant le crâne, reliés à des électrodes enregistrant l'activité cérébrale." [2].

Ainsi, tels les pourceaux, n'allons nous pas nous jeter dans la mer d'information du Cloud en connectant nos esprits grâce à des implants neuronaux, et ainsi pouvoir "faire le malin" avec nos esprits augmentés et notre nouveau moyen de communication, libéré au travers d'interface cerveau-machine des contraintes physiques de la machine.

Ne pourrons-nous pas nous aussi plonger dans cette mer d'information, cette mer de savoirs, cette mer qui n'est que le reflet de notre immence ignorance, et ce au prix d'une pacotille de puce électronique ou d'implant. Et de nous enfermer ainsi dans cette nouvelle condition humaine d'homme "branché et malin", qui un jour après avoir voulu se libérer des contraintes de la machine, voudra peut-être se libérer des contraintes de ses implants. N'est-ce pas le moment de nous rappeller les quelques conseils de prudence et de modération déjà formuler par l'Eglise pour ce qui était d'Internet ?

Car, "malin", dans la mer d'information tu deviendras, car fin de l'espèce humaine est proche !

En effet, pour le fondateur de Neuralink, une interface entre l'homme et la machine est : "une condition sine qua non à la survie de l'espèce face aux progrès de l'intelligence artificielle (IA)." [2].

Sous des prétextes de suprématie de l'Intelligence Artificielle avec qui il faudrait entrer en concurrence, sous peine d'être réduit : "au rang de chats de compagnie de machines dominant le monde." [2]. Nous irions, dans un avenir proche, nous faire implanter des ICM afin de nous doter d'une puissance informatique.



Transhumanisme et intelligence artificielle : nos enfants seront-ils des robots ? - KTOTV


Plutôt que de rêver de chats et de cochons, l'état actuelle des connaissances nous apprend que : "Notre connaissance du fonctionnement cérébral est encore beaucoup trop rudimentaire. Or, comprendre le code neural, les mécanismes de perception, d'apprentissage, d'attention et de mémorisation ou encore le rôle des émotions, sera essentiel ici." [2].

Et que les ICM ont surtout une utilité médicale : "Le dispositif de Neuralink pourrait aider les personnes atteintes de paralysies, qui pourraient utiliser un bras robotisé, ou les personnes souffrant de certaines lésions cérébrales, telles que celles ayant subi un AVC." [2].

Les recherches sur les ICM datent déjà des années 70, et de nombreuses avancées médicales ont déjà été faite depuis alors que d'autres s'annoncent :

BFMTV - Un implant pour réparer le cerveau - 04/02/2019


Du traitement de la sclérose en plaque, au traitement des Accidents Vasculaires Cérébraux, en passant par le contrôle de membres artificiels par les personnes handicapées, les implants promettent d'améliorer et de soigner un certains nombreux d'handicaps.

Nous sommes ici dans une utilisation médicale d'avancées technologiques prometteuses, et pas dans cette vision quasi messianique de l'implant cérébral que nous propose des projets tels que celui de Neuralink : "Elon Musk a bien spécifié que son objectif central était avant tout "d'augmenter l'intelligence humaine" en la mêlant à l'intelligence artificielle (IA). Musk est convaincu que l'IA va supplanter l'être humain en capacités. Pour lui, la seule solution afin d'éviter à l'humanité de se "faire dominer" par l'IA, est de la "coupler" au cerveau humain." [3].

Oh démon, sauves-nous de nos démons ! Pourceaux vais nos âmes !



[1] Thomas Mathey, "Matthieu 8.32 Il leur dit : Allez ! Ils...", Société Biblique de Genève, Nouvelle Édition de Genève, Matthieu 8.32, 1979, https://www.levangile.com/Bible-NEG-40-8-32-complet-Contexte-non.htm
[2] Leïla Marchand, "Le plan d'Elon Musk pour connecter notre cerveau à un ordinateur", Les Echos, Hightech, 21/07/2019, https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/le-plan-delon-musk-pour-connecter-notre-cerveau-a-un-ordinateur-1039472
[3] Pascal Hérard, "Technologie : Elon Musk dévoile son interface cerveau-machine Neuralink", Tv5Monde, L'actualité des nouvelles technologies, Enjeux numériques, 04/08/2019, https://information.tv5monde.com/info/technologie-elon-musk-devoile-son-interface-cerveau-machine-neuralink-314463


Religion Technologique

Avec l'arrivée du Big Data, des nouvelles technologies, de l'Intelligence Artificielle, on a vu apparaitre ce qui est appelé le "digital evangelist".

Cette forme de discours qui s'adresse aux décideurs, comme aux lambdas essaye : "d’inspirer les foules, d’éveiller la conscience des managers, et de sensibiliser les gouvernants aux problématiques technologiques dans des domaines tels que le big data, le cloud computing, l’internet des objets, la robotique, les biotechnologies, les nanotechnologies et l’intelligence artificielle." [1].

Le digital évangelisme a un discours selon lequel : "le monde change pour le meilleur et évolue vers un idéal désirable. Il faut embrasser le digital comme une source de bien-être, de performance et de liberté : les machines vont s’occuper de tout et nous permettre de nous divertir." [1].

Mais derrière ce discours un peu mystique sur les Dieux technologies, se cache de réel développement économique à venir et des places à prendre sur ce créneau d'opportunités économiques que son les Big datas, l'Internet des objets, l'I.A. etc.


“L’évangélisme technologique” : moteur du capitalisme de la Silicon Valley - Le Mouton Numérique

En d'autres termes, usez et consommez de la technologie sans quoi vous risquez qu'elle ne vous dépasse, voir vous anéantisse.

Qui sont ceux qui ont intérêt à nous évangéliser de la sorte : "Cette propagande technologique est inspirée par les géants du numérique : les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi)." [1].

Rien de bien extraordinaire donc à cette mouvance pro-technologique qui ne cherche qu'à nous vendre de l'I.A. et des techs à tours de bras avec comme stratégie marketing bien huilée : "Le digital evangelist diffuse ces idées et présente le progrès technologique comme quelque chose d’inéluctable et d’incontrôlable car exponentiel. Il fait des déclarations chocs pour marquer les esprits et des prédictions solennelles d’événements à venir. Ces prophéties sont souvent auto-réalisatrices : c’est le fait d’en parler constamment qui favorise leur accomplissement. L’évangéliste technologique passe pour un visionnaire là où ce sont le puissant lobbying, le relais de leaders d’opinion et le financement des géants du numérique, qui conduisent à la réalisation ses prédictions." [1].

Juste que la conviction des convaincus va jusqu'à nous prédir un apocalypse technofuturiste digne des films de sciences fiction, mais surtout d'introniser l'I.A. comme un nouveau Dieu, si pas LE nouveau Dieu, qui a déjà sa religion : "Way of the Future" (http://www.wayofthefuture.church/) "qui veut promouvoir la foi en l'I.A..

Les uns y voient un nouveau Dieu, les autres un nouveau démon. Comme Elon Musk ou d'autres qui nous avertissent des dangers de l'I.A. en ne faisant pas autre chose que de vouloir nous la vendre. Ainsi les experts nous préviennent que l'I.A. pourrait conduire l'extinction de l'humanité ou à une guerre, ainsi : "Le Professeur d’Oxford Nick Bostrom considère que nous sommes dans une période critique où chaque erreur dans notre gestion du progrès technologique peut nous rapprocher de l’extinction de l’humanité" [1].


Grand Angle: La silicolonisation du monde... - TV5MONDE


Mais le risque que nous soyons inféodés par la technologie à de pures fins mercantiles existe car, après nous avoir venté les avantages de l'IA. et autres technologies des grands groupes industriels, pour apporter des réponses à nos problèmes de société, de gouvernance, et de développement durable, pourrait venir le temps ou la technologie ne servirait que les intérêts de ces mêmes groupes industriels : "La technique « inféodée » aux intérêts économiques et au marketing favorise le techno-libéralisme, une marchandisation de nos comportements, un consumérisme extrême et une mise en péril de la faculté de jugement et de la pluralité humaines. Le techno-libertarisme favorise le développement d’une IA au service de l’extrême-capitalisme." [1].

Ce mouvement de "déification" de l’IA et des technologies est une menace pour notre libre arbitre car il pourrait aller jusqu'à la complète organisation tant de nos vie que de nos société, ainsi : "on imagine qu’une IA, qui nous surveillerait en contine et pourrait procéder à une analyse physiologique permanente de chacun de nous, aurait la capacité de nous manipuler et de nous inciter à agir en faisant abstraction de notre volonté." [1].



Pourquoi l’intelligence artificielle a besoin d’éthique - Le Monde

On pourrait prendre le "digital evangelist" pour un mouvement un peu farfelu à vouloir remplacer Dieu par de l'I.A., n'être qu'un culte techno-libéral qui s'autoconvaint de la valeur de son produit.

L'I.A. arrivera un jour à organiser nos vies et nos sociétés, dans quelles limites, ce sera à nous à les définir, de là à en faire une religion. Et bien selon certains les projets de déifier l'I.A. ne doivent pas être trop vite considérer comme fantaisistes, car pour Yuval Noah Harari : "de nouvelles fictions vont prendre le relais des religions traditionnelles." [2].

Ainsi, selon Yuval Noah Harari :"maintenant que nous avons élevé l’humanité au-dessus du niveau de la lutte bestiale pour la survie, nous allons viser l’amélioration des humains en dieux, et passer d’Homo sapiens à Homo Deus" [3].


Humains, dieux et technologie - VPRO Documentaire - 2017


[1] Oihab Allal-Cherif, "Intelligence Artificielle : L’Évangélisme Numérique Ou L’Avènement De La Religion Technologique", Forbes France, Management, 21/05/2019, https://www.forbes.fr/management/intelligence-artificielle-levangelisme-numerique-ou-lavenement-de-la-religion-technologique/
[2] Guillaume Ledit, "Un ex-employé de Google veut créer une divinité fondée sur l'intelligence artificielle", Usbek & Rica, 01/10/2017,  https://usbeketrica.com/article/un-ex-de-google-veut-creer-une-divinite-fondee-sur-l-i-a
[3] Guillaume Ledit, "Sommes-nous en train de devenir des dieux ?", Usbek & Rica, 07/09/2017, https://usbeketrica.com/article/sommes-nous-en-train-de-devenir-des-dieux


Religion et entreprise

Le travail, de part la robotisation et le développement de l'I.A., va connaitre de profondes modifications, et la religion joue un grand rôle depuis plusieurs siècle à la bonne organisation du travail en Occident. L'Occident a vu se développer ce que Pierre Musso appelle la religion industrielle.

L'horloge mécanique a été la technologie qui a permis le développement de l'entreprise bâtie sur le notion de temps. Le temps qui donne le rythme, les cadances. Nous sommes aux XIIème et XIIIème et : "Les pouvoirs, pas seulement économique mais aussi politique (notamment l’État, quand il se développera à partir des XlIe-XIIIe siècles et surtout au XVe), deviennent maîtres de l’horloge, gestionnaires du temps." [1].

L'Occident, avec le christianisme, va valoriser le travail et le revaloriser dans ses monastère : "Dans les monastères, il faut être d’autant plus efficace dans son travail, avec l’horloge, la mesure, la rationalité, que cela libérera du temps pour la prière." [1].

Les Occidentaux sont nourris par cette doctrine Chrétienne qui est fondée sur la vision du monde issue de l'idée de création, de transformation, de domination.

De cette vision du monde, découlera celle de l'entreprise industrielle : "L’entreprise industrielle procède de la croyance que Dieu a donné la Terre à l’Homme ; donc, s’il en découvre les lois, il pourra la dominer. Cette conception nourrira la science moderne du XVIe siècle." [1].




(Pierre Musso, « La religion industrielle : une généalogie de l’entreprise », Société de Philosophie des Sciences de Gestion,  https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/01/04/pierre-musso-la-religion-industrielle/)

Le mystère de l'Incarnation où l'homme devient Dieu est un des grands mythes transmis par le religion : "L’homme devient dieu, et l’homme-dieu peut à son tour créer le monde, modifier la nature, la dominer. Ce mythe de l’incarnation, de l’humanité transformatrice qui par la technoscience va transformer le monde et faire l’histoire, nous le trouverons clairement exprimé chez Descartes et Bacon au XVIIe siècle." [1].

Au XIXème siècle, la religion industrielle se fonde sur une vision de l'homme universalisé qui transforme la nature par son travail et le développement de la science, en inscrivant son histoire dans un histoire universelle, dans une humanité qui tend vers le progrès et qui nous a conduit à la révolution industrielle, ainsi : "Les premiers socialistes ont parachevé la formulation de la religion industrielle.(...) Les socialistes du XIXe siècle qu’on a évoqués, jusqu’à Marx et après, ont pensé leur système à partir de l’entreprise, de l’usine, de la manufacture." [1].
 
Ainsi, "Les premiers socialistes voulaient fonder un nouveau christianisme : non seulement ils donnaient à la classe ouvrière une mission quasi messianique, mais ils pensaient la fraternité et l’association dans le travail, dans l’usine, comme une nouvelle forme de communauté comparable aux communautés de l’Église." [1].

A l'heure actuelle, notre société post-industrielle ou hyper-industrielle est fondée sur l'innovation, ainsi : "L’accélération des innovations technologiques que nous subissons actuellement, cette course folle due au fait que le moteur de la croissance économique en occident, c’est l’innovation, engendre deux phénomènes majeurs qui caractérisent la sur-modernité : d’une part la technologisation généralisée et d’autre part l’accélération." [1].

La cybernétique et l'informatique ne sont donc que le résultat de ce cheminement debuté depuis le début de l'ère Chrétienne vers la religion industrielle qui trouve son aboutissement avec l'organisation scientifique de notre société transférée aux machines dans une vision du monde qui ne cherche plus qu'à trouver des réponses à des "comment" : "Quand il n’y a plus que la question du comment : comment aller plus vite, comment gérer mieux, et que la question du pourquoi est marginalisée voire évacuée, ce n’est pas supportable. L’homme a besoin de symbolique." [1].

Et ce cadre de pensée qui structure l'Occident dans une société hyper-industrialisée est le système qui domine notre vision du monde, mais : "la philosophie nous enseigne que nous prenons pleinement conscience d’un système de pensée et de pouvoir que quand il a atteint sa pleine maturité et qu’il s’apprête à décliner." [1].

Notre système de pensée qui pourrait se résumer, pour certain, par  : "L'exploitation de l'homme par l'homme est naturelle, et c'est "dieu" qui la créé.".



The Final Creation of Man: Will Artificial Intelligence Become God? - BanditRants


[1] Pierre Thiesset, "Pierre Musso, « La religion industrielle »", Les Amis de Bartleby, 9/2017, https://lesamisdebartleby.wordpress.com/2018/01/04/pierre-musso-la-religion-industrielle/




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