Espace public et espace privé

L'espace public est défini, selon Habermas, comme : "un espace où se déroule la vie de la cité" [1]. C'est l'espace dans lequel s'exerce l'opinion publique et le lieu ou s'exerce le rôle de citoyen. Ainsi, selon Olivier Bernad : "C’est au sein de cet espace que s’opèrent des interactions sociales et intellectuelles entre les agents dans le champ de l’espace public. En effet, c’est cet espace qui organise et distribue les relations entre les individus et c’est également dans cet espace que les motivations ainsi que les actions élaborées dans la sphère de l’intimité trouvent leur accomplissement." [1].

L'espace public est également : "un espace moral et symbolique de liberté ne pouvant exister que dans une démocratie dans laquelle les différents acteurs sociaux, politiques, religieux, culturels, intellectuels peuvent discuter, s’opposer, délibérer." [1].

Ainsi, selon Olivier Bernad : "l’espace public forme le théâtre de l’opposition au pouvoir." [1].

Quand à l'espace privé, sa notion et dimension ont variés au fil des conquêtes des personnes pour acquérir la réconnaissance de leur individualité selon Olivier Bernad. L'espace privé suppose que la personne soit reconnue en tant que : "citoyen disposant de droits et régi par des lois." et "personne privée dotée d’un espace privé distinct, à respecter et protéger." [1].

Le développement des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) à fait naître avec Internet un nouvel espace social, ainsi selon Olivier Bernad : "L’Internet permet de dépasser les clivages à la fois géographiques et sociaux. Ces nouvelles technologies redonnent à la démocratie ses valeurs d’origine c’est à dire la liberté d’expression, l’égalité d’accès aux débats publics, l’existence même d’un débat public, la gratuité. Ainsi, l’Internet serait l’emplacement idéal de la démocratie c’est à dire un espace dans lequel chacun aurait le droit de dire ce qu’il pense sans distinction de sexe, d’âge, d’origine sociale ou technique." [1].

Le développement d'Internet pose la question de la redéfinition des enjeux entre l'espace public et l'espace privé. Car, selon Olivier Bernad : "De nos jours, l’usage de plus en plus massif des médias sociaux comme Facebook, Twitter, Google dans nos espaces privés, brouille les modalités de partage entre la sphère publique et la sphère intime des individus." [1].

Ainsi, certains nous prédisent la fin de la vie privée comme une chose positive, ces prédicateurs ne sont autres que les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) qui promeuvent, tel Facebook : "une idéologie de la connectivité généralisée et de la transparence absolue de nos pratiques, de nos opinions, de nos amitiés." [1].

Les scientifiques et acteurs de la société civile, quand à eux, sont beaucoup plus réticent à l'évolution que connait la notion de vie privée avec le développement d'Interet. Ainsi, comme nous l'indique Olivier Bernad : "Progressivement, les usages évolueraient vers plus de transparence. Au partage généralisé s’ajoute alors le traçage de la part des pouvoirs publics et d’entreprises privées." [1].

Mais les utilisateurs du Web ont pris conscience de cette évolution et selon Olivier Bernad : "Les enquêtes les plus récentes indiquent que les utilisateurs sont de plus en plus conscients des risques liés à la publicisation de leur vie et qu’ils sont capables de développer des formes d’« obfuscation » pour se protéger. Il s’agit notamment de réglages stricts des paramètres utilisateurs, faux profils, détails délibérément erronés, ou encore l’utilisation de pseudonymes." [1].

La frontière entre l'espace public et privé s'estompe avec l'utilisation des réseaux sociaux : "En effet, la création des réseaux sociaux et notamment les plus populaires d’entre eux, Facebook et Twitter, peuvent être considérés comme étant à l’origine de la confusion entre l’espace public et l’espace privé sur le Net." [1].

L'Etat, quand à lui, s'est mis à utiliser Internet à des fins de surveillance, et utlise se prétexte sécuritaire pour envahir notre espace privé, ainsi : "En effet, alors que le respect de la vie privée est de plus en plus revendiqué et protégé, il est possible de constater que l’État ne va pas hésiter à se cacher derrière une volonté de sécurité pour envahir l’espace privé des individus, voire pour porter atteinte à des droits dits essentiels avec parfois la collaboration des individus eux-mêmes." [1].

Ainsi la Chine a mis en place un système de surveillance particulièrement développé avec un système de caméra-surveillance et de crédit-social qui fait de la reconnaissance faciale automatisée et des contrôles d'identité systématiques (sphère privée) pour sanctionner les comportements des Chinois dans la rue (sphère publique).

Les États-Unis ne sont pas en reste par rapport à la Chine. En effet, selon des révélations de Snowden, la NSA avait mis en place deux systèmes d’espionnage de l’Internet : le projet Prism et le projet Muscular [1]. Ces deux projets ne servaient à rien d'autre que d'avoir accès à l'ensemble des informations qui circulaient sur le réseaux (mail, ...).


Prism, un programme secret américain pour récolter les données des internautes - FRANCE 24

La France a pris la même direction, celle de l'espionnage généralisé de ses Internautes par les forces de l'ordre depuis 2013.

Ces exemples de violation de la vie privée par les autorités sont justifiés par des politiques sécuritaires et s'exercent par le pouvoir exécutif en dehors de tout contrôle par le pouvoir judiciaire. Ainsi : "De plus en plus de lois viennent légaliser la violation par les autorités de la sphère privée des individus pour des besoins de sécurité." [1].

Avec le développement des réseaux sociaux et autres blogs est apparu un comportement presque exhibitioniste et voyeuriste sur le Web. Les utilisateurs exhibent leur vie privée dans un mouvement de "véritable surenchère d’« exposition de soi »" [1], et veulent connaître la vie des autres. Ainsi : "Tout le monde surveille, est sous le regard de tout le monde." [1].

Ainsi donc se développe une nouvelle forme d'espace "public" qui n'est ni privé, ni public. Peut-être une "sphère sociale" comme la définissait Jürgen Habermas [1].

Selon Olivier Bernad apparait un nouveau type de formation d’organisations collectives qui se différencie des organisations traditionnelles par l’inversion du processus de sa formation, car il est rassemblement de mise en avant personnelle comme on peut l'observer sur les réseaux sociaux et plus rassemblement autour d'un intérêt commun.


[1] Bernad, Olivier, “La recomposition de l’espace public et de l’espace privé”, Ségur Philippe et Sarah Périé-Frey, "L'Internet et la démocratie numérique", Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2016. (pp. 143-154), http://books.openedition.org/pupvd/2780


Le consentement

L’ingénierie sociale est un ensemble de méthodes et de techniques de manipulation socio-psychologiques qui visent à obtenir le consentement d'une personne, d'un groupe, d'une communauté,.. [1].

L'ingénierie sociale peut être soit positive, soit négative, ainsi donc : "Il faut introduire une nuance entre l’ingénierie sociale négative qui vise à aliéner un sujet souverain (groupe socio-professionnel, pays, identité quelconque) et l’ingénierie sociale positive, qui consiste à reconstituer la souveraineté." [1].

Le sujet, en ingénierie sociale comme en cybernétique, est traité comme un objet à traiter, à remodeler, à réorienter.


Comment on pirate les consciences (compte-rendu de Neuro-pirates, de Lucien Cerise) - in formatio
NEURO-PIRATES de Lucien Cerise, éditions Kontre Kultureneuro-pirates  

Dans son acception négative, l'ingénierie sociale : "C’est l’art de la manipulation, avec effectivement un niveau de précision scientifique.(...) Mais cela va au-delà de la manipulation, le but ultime est de transformer jusqu’à la nature humaine même. Il s’agit de l’adapter à la volonté de nos « maîtres ». Car l’ingénierie sociale est une méthode de modification planifiée du comportement humain." [1].

Comme exemple d'ingénierie sociale, on peut citer des projets comme la programmation MK Ultra ou la modulation psychotronique à distance.


Enquête | Lavage de cerveau : les victimes oubliées - Radio-Canada Info


Il est donc primordial que les gens apprennent à anticiper et dubusquer les manipulations, ainsi : "Les gens doivent apprendre à débusquer l’ingénieur, l’architecte, le chef d’orchestre et les méthodes employées pour déjouer les manipulations…" [1].





[1] Lucien Cerise, "Ingénierie sociale et cybernétique", Morphéus n°79 janvier février 2017, https://www.morpheus.fr/ingenierie-sociale-cybernetique/


Nouvelles Frontières

La technologie de communication, l'Internet, mais aussi la télévision, le cinéma ont pour effet d'amoindrir les frontières entre les individus ou les groupes et leur environnement. Ainsi selon Samuel Goldwyn, un des fondateurs de l’industrie cinématographique hollywoodienne : "les frontières traditionnelles (que ce soit des frontières « dures », comme les frontières physiques, celles marquées par des murs ou par une distance, ou que ce soit des frontières « molles », des frontières culturelles comme des frontières nationales entres pays) sont en train de s’affaiblir." [1].

Ainsi avec l'arrivée des objets connectés et autres évolutions technologiques apparaissent également de nouvelles frontières dans notre environnement, ainsi : "L’évolution dans les techniques de communication et de surveillance est ici particulièrement importante car elle ébranle la construction des frontières physiques, géographiques, spatiales et juridiques qui jusqu’à présent définissaient l’individu, les communautés, les foyers familiaux, les villes, les régions et les États-nations comme des entités que l’on croit entièrement distinctes et clairement définissables." [1].

Gary T. Marx détermine quatre grands domaines dans lesquels s'opèrent des changements en terme de frontières : "l’espace physique, du monde des sens, du temps et du moi psychique et corporel." [1].
 
A) Les frontières physiques, spatiales, et géographiques
Au niveau géographique, nous assistons à un accroissement des régions, des pays et des groupements de pays. Ainsi dans un mouvement de mondialisation, on peut observer aussi un mouvement de régionalisation.

Au niveau spatial, les espaces traditionnels à l’intérieur des pays se modifient avec les réseaux sociaux et les TIC (Technologies de l'Information et de la Communication).

Les limites entre le travail et le domicile changent avec le télétravail où les ordinateurs portables font changer les limites entre le travail et le bureau. Ces changements modifient également les frontières des règles qui régissent chaques espaces. Ainsi, le réglement intérieur de l'entreprise s'appliquerait que l'on soit sur le lieu de travail ou non, ainsi : "La transformation des conditions de travail, le développement des facilités de toutes sortes au sein même des entreprises ont conduit à ce que l’endroit où l’on travaille ressemble de plus en plus à l’endroit où l’on vit. La dichotomie entre le chez soi et l’extérieur tend ainsi à s’estomper." [1].
 
Les migrations temporaires des travailleurs augmentent et avec elles la multiplicité d’appartenances. Les groupes communautaires sur le Web redéfinissent les espaces d'appartenances.

Ainsi les Technologies de l'Information et de la Communication ainsi que les évolutions des technologies téléphoniques et audiovisuelles ont pemis de s'affranchir de la nécessité de la présence physique des personnes.

B) Le frontières du monde des sens et de la perception
Les technologies, au travers des effets spéciaux ou des réalités virtuelles, permettent de repousser les frontières de nos sens et de nos perceptions, ainsi : "La fonction des sens comme frontière et comme servant d’écran à notre capacité à juger est en train de s’affaiblir." [1].

C) Les frontières du temps
Le temps est une frontière entre le passé et le futur, le connu et l’inconnu. Les nouvelles technologies permettent de revivre le passé ou de prédire l'avenir.

Aujourd'hui, le temps entre un événement et sa diffusion dans l'information est plus court, ainsi : "Le passé immédiat fusionne de plus en plus avec le présent." [1].

D) Les frontières du corps et du moi
Les informations personnelles dépendaient des personnes elles-même ou de ceux qui connaissaient ces personnes. Avec le Web et les bases de données les informations personnelles sont devenues plus diffuses, ainsi : "avec la croissance des banques de données, on voit apparaître une image virtuelle d’un individu fabriquée à partir d’informations recueillies par des ordinateurs séparés et distants, quoique souvent reliés entre eux." [1].

Ainsi : "Dans une société informatisée à ce point, le moi prend une signification de plus en plus extensible et avec le développement des moyens de classification et de traitement des données analysés par Michel Foucault, les façons de définir et de contrôler le moi se sont énormément agrandis. Nous ne sommes plus seulement la somme de nos propres biographies, mais nous sommes devenus une partie d’un type social élargi dont on peut définir par avance les potentialités de comportements. Les individus peuvent ainsi être définis en fonction de leurs écarts par rapport à tel ou tel point de référence ou telle norme référentielle." [1].

Les frontières entre l'humain et le non-humain sont également estompées avec le développement du transhumanisme.

Dans une société qui a pris le virage du securitaire chacune de ces nouvelles frontières est l'objet de surveillance. Ainsi, comme on ne sait plus tout surveiller comme on pouvait le faire lorsque le téléphone, la télévision et les TICs n'existaient pas, aujourd'hui on veut tout surveiller alors que les frontières et les espaces à surveiller vont jusqu'au plus profond de nos âmes. Nous assistons à une inflation sécuritaire qui n'est peut-être que l'aveux d'une certaine impuissance devant l'évolution de ce que Gary T. Marx appelle : "l’espace physique, du monde des sens, du temps et du moi psychique et corporel." [1].


[1] Gary T. Marx, La révolution cybernétique, surveillance et société dans un âge de haute technologie.", Paru dans E. Malet et H. Le Bras (1996), Science et démocratie, Paris : Passages, pp. 55-67., https://web.mit.edu/gtmarx/www/revolution_cybernetique.html


Quelques vidéos pour terminer :




L’hybridation cerveau-machine - JEAN GABRIEL GANASCIA - Association S3Odéon




Conférence Neuro-Pirates, Neuro-Esclaves partie 1 : Intervention de Lucien Cerise - agenceinfolibre




Conférence Neuro-Pirates, Neuro-Esclaves partie 2 : Intervention de Paolo Cioni - agenceinfolibre




Lucien Cerise "GOUVERNER PAR LE CHAOS" Ingénierie sociale ! - Autrement-Vue



Un bracelet ou une montre, on peut l'enlever pour aller dormir, une puce dans le crâne, on peut toujours aller dormir avant de pouvoir se l'enlever !



 

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