Transhumanisme

Le transhumanisme est "un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer la condition humaine notamment par l'augmentation des capacités physiques et mentales des êtres humains." [1].

Les transhumanistes cherchent, au travers des procédés techniques et scientifiques, de biotechnologies notamment, à améliorer la condition humaine et à amoindrir, voir supprimer, ses cotés indésirables tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort, et ce en tenant compte des dangers et de l'éthique du développement et de la mise en œuvre de ces procédés.

Le transhumanisme repose sur "les progrès de la médecine, de la technologie, de l'informatique, de la robotique et de tout ce qui peut s'apparenter aux sciences et à l'intelligence artificielle." [1].

On peut se poser la question de savoir si ce mouvement culturel et intellectuel "qui affirme qu'il est possible et désirable d'améliorer fondamentalement la condition humaine" tout en n'omettant pas "l'étude des répercussions, des promesses et des dangers potentiels de techniques[...] ainsi que l'étude des problèmes éthiques(...)." n'est pas une douce utopie qui ne fera qu'accroitre les différences de conditions sociales et d'accès aux progrès technologiques. Non pas dans ses aspects d'évolutions dans la luttes contre les maladies ou les handicaps, mais dans son objectif qui n'est autre que de créer un sur-homme, un post-humain, voir un "pré-cyborg". Et ce en contraignant les libertés humaines à des technologies externes qui ne peuvent que les rendre dépendantes de celles-ci à l'instar des services après vente de nos smartphones. Et de prétendre que "les humains auront le contrôle de leur évolution. Dans une telle ère, l'évolution naturelle serait remplacée par une transformation délibérée.". En oubliant pas le contexte concurrentiel et compétitif de l'usage qu'il pourra être fait de ses évolutions, à savoir par exemple être plus productif au travail, ou avoir une représentation équitable dans une quelconque assemblée, et de l'accès équitable et démocratique à cette "transformation délibérée". Cela ne ressemble-t-il pas à de l'élitisme qui se distingue du commun des mortels par son auto-augmentation ? [1]

"Pour le cybernéticien anglais Kevin Warwick, « Il y aura des gens implantés, hybrides, et ceux-ci domineront le monde. Les autres, qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré. […] Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s'améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. » [1].

De plus, le mouvement transhumaniste semble peut préoccupé par les questions politiques, se qualifiant de politiquement neutre comme l'Association Française Transhumaniste. Or d'autres, partisans d'une vision plus Marxiste comme celle du sociologue 

Jacques Ellul, y voient "un prolongement direct du capitalisme et plus généralement de l'idéologie productiviste.". Et que "Si le transhumanisme s’apparente au capitalisme, c’est d’abord parce qu’il renforce les inégalités.". Et d'y ajouter le caractère métaphysique et ses éventuelles dérives "Ellul précise qu'on ne peut critiquer la technique sans se référer à des considérations métaphysiques : « Ce n'est pas la technique qui nous asservit mais le sacré transféré à la technique »" [1].

Mais cela est sans doute oublier l'inspiration des Lumières et de l'Humanisme qui inspire le transhumanisme qui "cherche à appliquer la raison, la science et les techniques dans le but de lutter contre la pauvreté, la maladie, le handicap, la malnutrition et les gouvernements dictatoriaux dans le monde." [1].

Or, selon Ellul, "la technique est devenue un phénomène totalement autonome : l'homme n'en définit pas plus les objectifs qu'il n'en contrôle les conséquences." [1].

Pour certain, le transhumanisme s'inscrit dans une transition entre l'humanisme et le post-humanisme.

Issu de la science-fiction, de l'art contemporain et de la philosophie de la fin du XXe siècle, le post-humanisme traite "du rapport de l'humain aux technologies (biotechnologies incluses) et du changement radical et inéluctable que cette relation a provoqué ou risque de provoquer dans l'avenir" [2].
Le post-humanisme peut faire craindre une forme nouvelle de ségrégation, voir d'eugénisme. En effet, comme le postulait Peter Sloterdijk "le développement des technosciences imposait d'envisager un nouveau système de valeurs accompagnant la production d'êtres nouveaux et légitimant le pouvoir de ceux qui bénéficieront des technologies d'augmentation de l'être humain.". Et
Sloterdijk de souligner que "il faudra convoquer dans les prochaines années des états généraux des sciences de l'homme pour discuter des limites de la biotechnologie et de la formulation d’un code de conduite" [3].

L'être humain va donc voir se développer des formes nouvelles de "vies" (robots, cyborgs, objets intelligents, etc.), voir de nouvelles espèces de vie, à l'égale de l'homme ou supérieures, créées par la technologie, la biotechnologie (intelligence artificielle forte, android, humains augmentés, etc.). L'être humain entre donc dans une nouvelle phase de son évolution, celle de la perte de sa suprématie sur ses propres créations. La réalité rejoint donc la science-fiction.




Un homme presque parfait, le Transhumanisme - Documentaire d’Infrarouge (France 2) - 2011- Cécile Denjean





Humains-machines : vers un âge des cyborgs ? | BiTS | ARTE


[1] Wikipédia, "Transhumanisme", https://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme
[2] Wikipédia, "Post-humanisme", https://fr.wikipedia.org/wiki/Post-humanisme
[3] Wikipédia, "Règles pour le parc humain", https://fr.wikipedia.org/wiki/Règles_pour_le_parc_humain


Et l'humanisme

L'humanisme est un mouvement culturel qui à pris naissance au XIVème siècle en Italie pour se développer à travers l'Europe. Ce mouvement est porté par l'esprit de la laïcité et la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais aussi par un ensemble de valeurs liées à l'idéologie du progrès [1].

Le terme Humanisme est défini dans le dictionnaire de l'Académie Française comme : « doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l’Homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité » [1].

L'Humanisme, dans sa recherche de progrès et d'épanouissement, arrive-t-il au stade ultime de son progrès, être sous la servitude de ses propres créations ? Et est-ce cela le Post-Humanisme ? La puce que l'on se fera implantée dans le cerveau aura-t-elle plus de valeur que l'homme qui la porte ?

Irving John Good spéculait en 1965 que "la première machine ultra-intelligente sera la dernière invention que l'Homme doive jamais faire." [2].

Cette super-intelligence sera le fruit de la singularité technologique qui nous prédis que "l'invention de l'intelligence artificielle déclencherait un emballement de la croissance technologique qui induirait des changements imprévisibles sur la société humaine.". Et le progrès ne viendra plus que de nos ordinateurs, nos super-intelligences, nos cyborgs, bref nous ne serons plus que contemplateurs asservis de nos propres créations. Et d'aucun, comme Vernor Vinge, nous prédise même la fin de l'ère humaine, en tout cas comme "la fin des civilisations humaines actuelles et le début d’une nouvelle organisation.". La suprématie des ordinateurs est prévue pour les années 2030 [2].

Mais sommes-nous face à un déclin inexorable de l'humain devant ses propres créations. Pour Jeff Hawkins, il n'en est rien. Nous sommes juste devant une accélération technologique qui n'est pas sans fin et qui ne fait que nous faire arriver plus vite aux mêmes résultats. Car :  "Non, cela pourrait accélérer le rythme des améliorations pour un certain temps, mais à la fin il y a des limites de taille et de vitesse. Nous arriverions au même résultat, nous aurions tout simplement été un peu plus rapide en prenant des risques. Et il n'y aurait eu aucune singularité.". Tout cela ne serait donc qu'une accélération du progrès que nous serions nous mêmes capable de faire [2].


[1] Wikipédia, "Humanisme", https://fr.wikipedia.org/wiki/Humanisme
[2] Wikipédia, "Singularité technologique", https://fr.wikipedia.org/wiki/Singularité_technologique


Du choix

La subite disparité de l'humanité face à ces évolutions technologiques va poser le problème de l'accès à ces évolutions, et par là même mettre en évidence le caractère discriminatoire, voir ségrégationniste de celle-ci. Les nantis de Californie et de la Silicon Valley ne sont pas les salariés qui doivent faire deux journées de travail en une pour pouvoir payer leurs loyers à Detroit. Les travailleurs, à qui on demandera d'être des salariés "augmentés", ne sauront pas tous suivre les nouvelles exigences du monde du travail, qui verra en cette évolution une source de croissance et de profits, et donc l'imposera comme condition d'engagement.

Les conditions de recrutement des travailleurs passeront donc de "vous avez un véhicule ?" à "vous avez des implants ?". Car, il ne suffit pas de vanter les progrès qu'apportent la technologie, l'intelligence artificielle et autres interface homme-machine, à la médecine et aux améliorations des handicaps pour que cette même évolution technologique soit accessible au plus grand nombre.

Cette prochaine étape de la fusion de l'homme et de la machine "dont les effets pratiques seront de résoudre les problèmes humains les plus complexes (moraux, culturels, économiques, politiques, etc.) et même d’éradiquer la mort." ne risque certainement pas d'être la préoccupation quotidienne du plus grand nombre d'entres nous. Et nous déléguerons donc toutes ces préoccupations de progrès culturels, moraux, économiques, politiques, sociaux, et autres à nos ordinateurs [1].

Nous sommes donc devant un phénomène qui nécessitera dans les années à venir de nous, le commun des mortels, une vigilance accrue, tant au niveau de la société civil que du monde politique. Un phénomène qui nécessitera également une politique technologique d'ouverture et de système ouvert, par la réduction de la durée des brevets internationaux, l'obligation de fournir des codes sources ouverts, etc. Et ça afin d'éviter toute mainmise d'une multinationale sur le développement de cette nouvelle "humanité". Car, comme le rappel Jamais Cascio : "Une Singularité se basant sur l"accès-libre" est une réponse aux risques à venir. Les personnes qui ont embrassé la possibilité d'un grand bouleversement pour l'humanité dans un avenir proche (appelé parfois singularité) devraient s'occuper à rendre possible l'intégration globale des intérêts particuliers dans des systèmes ouverts, au moins autant qu'ils travaillent à rendre possible la singularité" [1].

"Un monde sans humains ?" (96mn / ARTE / 2012) Un film documentaire de Philippe Borrel from Philippe Borrel on Vimeo.

L'humanité et déjà actuellement, nos dirigeants, nos intellectuels, nos industriels vont devoir prendre leurs responsabilités comme le souligne Hans Jonas : "Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre.". Et de nous conseiller de toujours prévoir le pire selon sa formule in dubio pro malo : "Cela veut dire que s'il y a plusieurs conséquences possibles de l'emploi d'une technologie, il faut décider en fonction de l'hypothèse la plus pessimiste." [2].

Car en effet, toutes ses évolutions technologiques, à l'instar des questions environnementales, ne peuvent nous soustraire au Principe de précaution : "En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement." [3].


[1] Wikipédia, "Singularité technologique", https://fr.wikipedia.org/wiki/Singularité_technologique
[2] Wikipédia, "Le Principe responsabilité", https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Principe_responsabilité
[3] Wikipédia, "Principe de précaution", https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_précaution




Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International


Retour




Les associations et Asbl (association sans but lucratif) sur Social Square



Bienvenue sur Cybersociety
Ce site utilise des cookies. En poursuivant votre visite, vous acceptez leur utilisation.
Accepter
Refuser
Fermer