Conférences Macy

Les Conférences Macy sont des conférences qui ont été organisées par Warren McCulloch à New-York à l’hôtel Beekman, 575 Park Avenue.
Elles se sont tenues de 1942 à 1953, et regroupaient des disciplines diverses qui avaient un objectif : "édifier une science du fonctionnement de l’esprit" [1].

Des mathématiciens, des logiciens, des anthropologues, des psychologues et des économistes cherchairent donc à unifier leur connaissance autour des mécanismes de régulation et de causalité circulaire pour comprendre le fonctionnement de l'être et de son esprit : "N’y aurait-il pas des processus de régulation similaires, des causalités circulaires entre une machine à vapeur et le taux de concentration du sucre dans le sang, la pression osmotique, la température du corps ou encore le système nerveux ?" [1].

Ainsi, c'est au sein de ces conférences que vont naîtres les premières base de la cybernétique : "Arturo Rosenblueth présentera les bases de l’article fondateur de la cybernétique : Behavior, Purpose and Teleology qu’il publiera en 1943 avec Norbert Wiener et Julian Bigelow, dans lequel ils font référence à la notion de feedback pour signifier « qu’un objet est contrôlé par la marge d’erreur qui le sépare à un moment donné de l’objectif qu’il cherche à atteindre »." [1].

Mais les militaires et les industriels vont influencer les travaux des conférences Macy pour que certains modèles prédominent les travaux, ainsi : "Ce sont les modèles mécanistes qui seront privilégiés : la cybernétique, la théorie de l’information et la théorie des jeux devant promouvoir la compréhension « scientifique » des peuples et des sociétés." [1].

Les sujets étudiés lors des conférences Macy prendront donc un tournant psychologique, avec l'étude de la dynamique des groupes ou de l'espace de vie de Kurt Lewin, ainsi : "Kurt Lewin est persuadé que des lois de psychologie rigoureuses peuvent être construites, données sous forme mathématiques et évaluées expérimentalement. Il cherche à donner à la psychologie le statut d’une science analogue à la physique." [2].

Vouloir un monde exempt de conflictualités sociales, pacifié et débarassé de ses pulsions, au lendemain de la seconde guerre mondiale, par la science, tel en est devenu l'objectif. Ainsi en 1955 Willard Rappleye, Président de la Fondation Josiah Macy Junior, va définir l'orientation des recherches des conférences : "Les conflits sociaux sont en réalité les symptômes de causes sous-jacentes : la psychiatrie nous enseigne la nature de ces causes. Par conséquent, les Insights et les méthodes de la psychiatrie, de la psychologie et de l’anthropologie culturelle élucident les perturbations émotionnelles du monde." [1].



Nouvel ordre mondial - Conférence Macy - o-r-i-o-n



En Belgique, c'est à partir de 1956 que la cybernétique devient sujet de réflexion avec le 1er Congrès International de Cybernétique de Namur, qui donnera naissance à l'Association internationale de cybernétique présidée alors par le professeur Georges R. Boulanger. Tous les trois ans étaient organisés un congrès international regroupant des chercheurs du monde entier [3].


[1] Franck Juguet, "Les Conférences Macy : pour une approche globale de l’individu et de la société. Partie I", Hypothèses, OpenEdition, 15/05/2018, https://cybernetique.hypotheses.org/83
[2] Franck Juguet, "Les Conférences Macy : pour une approche globale de l’individu et de la société. Partie II", Hypothèses, OpenEdition, 23/05/2018, https://cybernetique.hypotheses.org/132
[3] Thierry Sinte, "Namur au centre de la réflexion cybernétique", Le Soir en ligne du 17/08/1989, https://www.lesoir.be/art/%252Fnamur-au-centre-de-la-reflexion-cybernetique_t-19890817-Z01X32.html


Gouvernance

Alors que le monde sort de la seconde guerre mondiale, les Conférences Macy et plus particulèrement Norbert Wiener, père de la cybernétique, veut éviter que ne se reproduise l'histroire. La cybernétique permettra : "de rendre le monde plus rationnel par le contrôle et la gestion informationnelle." [1]. La maîtrise de l'information et des processus de régulation font espérer l'avènement d'une société démocratique et transparente, ce qui façonnera le mode de gouvernance actuelle, ainsi : "La gouvernance se fonde sur un ensemble de présupposés qui trouvent leurs origines dans la cybernétique et qui vont se déployer à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale." [1].

Ainsi, la gouvernance de l’Union Européenne "apparaît comme un projet visant, en même temps, à tenter de neutraliser le politique en vidant la démocratie de son contenu, ramenant l’action des gouvernements à des règles et à des pratiques de gestion économique dispensées par une expertise privée" [1].

La société actuelle est fondée sur le modèle d’organisation de l’entreprise depuis la révolution industrielle. Des auteurs comme Saint-Simon, Antonio Gramsci, Friedrich Hayek, et d'autres nous éclairent sur les fondements de cette société issue de l'entre-deux-guerres où la méthode de management est aussi celle qui organise notre vie, ainsi selon Franck Juguet, pour Antonio Gramsci : "le fordisme n’est pas seulement une méthode de production de biens en série, mais un mode de vie intégral, une certaine façon de penser et de sentir la vie, un mode de régulation sociale." [1].

Notre société contemporaine et post-industrielle est une société de contrôle qui par l'organisation du temps, du travail, des loisirs, personnels, familiaux, a mis en place les mécanismes de régulation de nos existences sur le modèle de la société industrielle centrée sur le profit, l'accumulation du capital, le travail et le salariat : "C’est une société où se multiplient les mécanismes socio-techniques du contrôle flexible qui conduisent à l’assujettissement du vivant. Les vertus cardinales de ce mode de gestion – autonomie, créativité, réactivité, adaptabilité et sourires obligatoires – se conjuguent avec les exigences de la « grille des objectifs », de la « culture du résultat » et du « cash-flow ». Le contrôle est ici à court terme, à rotation rapide : il est continu et implacable." [1].

 Ainsi, selon Franck Juguet : "L'environnement dans lequel nous baignons à le goût de l’implication contrainte, de la motivation sous contrôle et de la servitude volontaire. Le tout sur fond de précarité." [1].

Selon Franck Juguet, le modèle économique et de management industriel de l'exploitation scientifique et méthodique du travailleur, et de l'homme, a donc pris le pas sur le modèle démocratique avec comme idée sous-jacente d'écarter le pouvoir politique et démocratique pour laisser la place aux experts et aux élites technocratiques. Ainsi c'est la marché qui aura pour rôle de neutraliser la gouvernance : "C’est le marché, appuyé par le droit, qui va devenir l’instance adéquate, le lieu des révélations et des incitations. Friedrich Hayek préconise l’usage du marché pour éviter la mise en oeuvre de politiques visant à planifier l’activité productive" [1].


Université populaire - L’État entreprise - Journal l'Humanité

La cybernétique permet de se dispenser d'une gouvernance politique et de ses dispositifs démocratiques, ainsi dans un modèle managérial : "L’humain est incorporé dans un mécanisme automatisé des actions et des décisions. Un processus d’autorégulation est introduit, qui conduit à « asservir » des ensembles complexes à la réalisation d’objectifs identifiés : c’est ce que les cybernéticiens appellent « boucle de rétraction » ( feed-back ), qui conduit à ré-organiser la production en cas de non-atteinte des objectifs." [1].
 
Le fondement technocratique et d'expertise de l'Union Européenne est empreint de cette conception cybernétique et homéostatique de la société, et la politique est devenue un instrument du marché : "La gouvernance européenne n’est plus qu’une organisation passive qui a un seul objectif : satisfaire les exigences des « gens de marché »." [1].

La gouvernance est dont soumise aux dictates du marché et de la finance, ce qui lui enlève ses fondements même d'instrument de la démocration et de représentation du peuple, ainsi : "les décisions politiques ne sont plus fondées sur la souveraineté populaire, mais sur les mesures d’ « ajustement » qui permettent de conserver la confiance des prêteurs. Cela permet de comprendre le sens des politiques publiques en cours qui visent à réduire considérablement la protection sociale et la place des services publics." [1].

La société mondialisée d'après guerre est donc une société d'organisation et pas une société politique, ainsi : "Le rapport de grandeur n’est pas le fait de posséder et de pouvoir posséder, mais la capacité à maîtriser le monde par la science. La figure harmonieuse de l’ordre naturel, c’est l’organisation vue comme un système maîtrisé par des professionnels et des experts." [1].

Ainsi pour Hayek le néolibéralisme fonctionne comme "un mécanisme cybernétique en « boucle », qui se met en place de lui-même et s’autorégule." [1], ce qui le rendrait pour Wolfgang Streeck : "incompatible avec l’existence d’un État démocratique." [1]. En effet, le fonctionnement du marché et son autorégulation néolibérale ne se pose pas la question de l'intérêt général et ne corrige en rien les inégalités de répartition des richesses.

Alors que pour Saint-Simon : "L’administration des choses remplacera le gouvernement des hommes." [2], pour Pierre Musso : "l’idéologie du réseau porte en elle la suppression du politique et de tout ce qui gêne la fluidité et la circulation sociale" [2].




La Révolution est une Question Technique - Pierre Musso - Imaginaire, pouvoir, idéologie des réseaux - Lundi Matin

Ainsi, la gouvernance entre le politique et l'économique s'inverse, et : "le système industriel vise à dominer la nature au moyen de l’économie, à travers la construction de vastes réseaux de communication." [2].

La cybernétique sera l'outil de cette nouvelle forme de gouvernance, où la subjectivité humaine laisse là place à l'information et ses boucles de rétroaction, ainsi selon Alain Supiot, pour ce qui est de la gouvernance : "Issue de la cybernétique, le concept de gouvenance porte à considérer le chiffre non comme un cadre, mais comme un but de l’action, ou plus exactement, comme un moteur de la réaction puisque chaque acteur privé ou public est censé, non plus agir, mais rétroagir aux signaux chiffrés qui lui parviennent afin d’améliorer sa performance" [2].
 

La crise actuelle est d'abord une crise des institutions - Alain Supiot - Collège de France


[1] Franck Juguet, "La gouvernance de l’Union européenne : une construction cybernétique ?", Hypothèses, OpenEdition, 19/08/2019, https://cybernetique.hypotheses.org/2044

[2] Franck Juguet, "Cybernétique et gouvernance : la restructuration néolibérale des rapports sociaux", Hypothèses, OpenEdition, 28/08/2018, https://cybernetique.hypotheses.org/357


Organisation efficace

La démocratie est un équilibre fragile entre deux notions, ainsi : "la démocratie est une équation complexe reliant deux termes contradictoires: gouvernement et liberté des individus." [1].

Le gouvernement comporte divers facettes qui font dire que : "le gouvernement est à la fois une fiction, un danger et une nécessité." [1].

En 1971, Stafford Beer, spécialiste Britanique de la cybernétique, a été invité par Salvator Allende pour réformer les structures administratives du Chili, et pour lui : "les sociétés modernes s'en vont à la catastrophe parce que les institutions ne savent plus comment les stabiliser." [1].

Stafford Beer, cybernéticien, propose comme réponse à l'instabilité des institutions et de la société, d'utiliser pour une organisation efficace : "une science de l'organisation efficace". Cette science compte trois outils fondamentaux, à savoir : "l'ordinateur électronique, les télécommunications et les techniques (ou modèles) cybernétiques." [1].

Ainsi, pour Stafford Beer, il faut que : "la société utilise ces outils contemporains pour re-designer ces institutions et les faire fonctionner de façon complètement différente. Une institution sociale n'est pas une entité mais un système dynamique. La mesure dont nous avons besoin pour en parler adéquatement est la mesure de la variété. La variété est le nombre d'états possibles que le système peut prendre." [1].

Dans le système proposé par Stafford Beer, la consolidation du système passe par l'absorption des variétés issues de l'interactions des gammes de possibilités grandissantes qu'offrent l'éducation, la technologie, les communications, la prospérité et : "Pour consolider un système, il nous faut absorber sa variété, c'est-à-dire s'occuper de chaque cas. Sinon, le système deviendra instable." [1].

Pour contrôler cette variété, Stafford Beer propose : "De la variété, tout simplement. Seule la variété peut absorber la variété, rien d'autre. Mais il est impossible pratiquement d'absorber une quantité de variété par une quantité égale de variété: il ne peut y avoir un commis par client, un policier par citoyen, un assureur par personne, un professeur par élève, etc." [1].

Ainsi pour Stafford Beer, "tout système social se stabilise par des institutions. Le système social est l'ensemble des citoyens et des variétés que chaque unicité génère. Le régulateur social prend connaissance de cette variété, la traite et renvoie au système un autre genre de variété: directives, signaux, fonds, mesures, lois, etc." [1].

Le système idéal de Stafford Beer part du constat que : "les sociétés modernes sont devenues si complexes que pour éviter la catastrophe vers laquelle elles se dirigent à toute allure, il leur faut absolument utiliser correctement les outils que la science moderne met à leur disposition et qui leur permettraient de décentraliser à partir du centre régulateur. La liberté n'est pas une condition ni un état absolu, mais le résultat d'un système de contraintes. La liberté ne s'invente pas, elle s'organise." [1].

La cybernétique, du grec "Kubernator", c'est-a-dire la gouverne, se voudrait donc être un moyen d'organiser nos libertés et d'instaurer l'harmonie.

Cybernétique comme "science du contrôle et de la communication chez l'animal et la machine" chez Wiener, et "la science de l'organisation efficace" chez Stafford Beer ou "l'art du pilotage ou l'art de conduire les humains" chez Platon.

Ainsi pour Karl W. Deutsch, politicologue américain, "la cybernétique est un déplacement du centre d'intérêt ou de l'objet d'étude: on passe des pulsions ("poussées") au pilotage, des instincts aux systèmes de décision et de régulation." [1].

Et la cybernétique : "Dans sa forme la plus générale, elle propose de décrire l'opération des systèmes ouverts à plusieurs niveaux (multi-leveled), et en particulier de fournir la logique des opérations de feedback entre ces niveaux." [1].

Ainsi, pour Gregory Bateson : "tout événement est toujours le résultat de contraintes propres à son contexte ou environnement et qui vont venir restreindre ses possibilités ou les probabilités qu'il a d'émerger comme ceci ou comme cela. (...) Autrement dit, c'est toujours le contexte qui produit tel résultat, et non une cause substantielle. Les contraintes d'un système déterminent ses sorties (outputs)." [1].

La vision des systèmes sociaux et humains sont donc d'être similaires à des circuits électroniques ou des canaux de communication, or pour Milan Zeleny, économiste américain : "Le management des systèmes humains n'est ni de la cybernétique ni de la théorie de l'information et de la communication." [1].
 
Car pour Milan Zeleny : "Les concepts d'optimisation et de régulation optimale ne signifient rien dans une théorie générale des systèmes humains. Les aspirations et les buts humains sont dynamiques, multiples et en conflit perpétuel." [1].


[1] Georges Khal, "Pour une cybernétique de la démocratie", Encyclopédie de L'Agora, Dossier: Cybernétique, 1/04/2012, http://agora.qc.ca/documents/cybernetique--pour_une_cybernetique_de_la_democratie_par_georges_khal


Engle, Eric, Janus: A Cybernetic Theory of the State (Janus: Une Theorie Cybernetique D'Etat)



Cyberdémocratie

Avec l'évolution d'Internet, plusieurs partis politiques sont demandeurs de participation citoyenne directe. La cyberdémocratie directe a des défenseurs comme système pouvant remplacer la démocratie représentative.

La cyberdémocratie consiste en : "l'utilisation d'Internet pour développer la démocratie, en se servant de sites web comme support des informations, des débats voire des processus de décisions démocratiques. La cyberdémocratie cherche à répondre à l'idéal démocratique dans lequel tous les citoyens seraient des participants égaux aux propositions, aux créations et à la mise en œuvre des lois.".  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyberdémocratie)

Le système politique actuel est perçu comme opaque de part plusieurs élements, premièrement les partis politiques sont de moins en moins appréciés, deuxièmement les partis jouissent d'un monopole sur le vie publique, et troisièmement la mondialisation a affaibli la démocratie face à l'économie.

Ainsi, notre démocratie en recule est face à une démocratisation du numérique qui se généralise avec un plus grand accès des citoyens à l'information et à la communication, et qui sont demandeurs de plus de transparence politique et de participation cioyenne.


Les différents types de DEMOCRATIE (3) Démocratie d'opinion, participative, cyber - Sim LEF

La possibilité d'une cyberdémocratie doit répondre à plusieurs aspects que comporte l'activité politique, ainsi : "l’activité politique est un art essentiel à la démocratie ; un art fondé sur des vertus telles que la prudence, la conciliation, le compromis et la faculté d’adaptation." [1].

Un système de cyberdémocratie devrait se différencier de n'être que du sondage, car : "la démocratie appelle la pondération, une évaluation rigoureuse du pour et du contre, une capacité de donner du sens et de la cohérence à la feuille de route fixée." [1].

Qui plus est, tous les citoyens ne sont pas égaux devant la société numérique, et dans une cyberdémocratie, les gens socialement défavorisés de doivent pas en être exclus.

Les décennies qui viennent seront celle du boulversement de l'intelligence avec le développement de l'Intelligence Artificielle, et comme le prédit Laurent Alexandre : "Nous sommes le siècle de l’explosion des intelligences, nous allons vivre avec une ménagerie complète d’intelligences." [2], et de déjà nous prévenir que l'intelligence est un tabou élitiste que les élites intellectuelles auront peut-être du mal à partager.

Les inégalités face à l'I.A. risquent de devenir prégniantes et avec elles le populisme, pour Laurent Alexandre : "L’IA, si nous n’y prenons pas garde, sera la plus grande machine à créer du populisme de tous les temps.", et les implants cérébraux et la fusion homme-machine pourrait être rien d'autre que : "le fascisme du XXIe siècle" [2].Laurent Alexandre détermine trois lignes rouges que l'I.A. ne devra pas franchir, à savoir : "sauver le réel et sauver notre corps face aux post-humanistes de la Silicon Valley, défendre notre autonomie, pour pouvoir sortir de la matrice, garder le hasard contre une société d'IA pure avec sélection algorithmique." 
[2].

La cybernétique comme vision de l'organisation de notre société n'est pas sans danger pour nos démocraties et nos libertés, ainsi pour Laurent Alexandre : "La société algorithmique où tout serait prévu serait un cauchemar." 
[2].

Les conséquences du développement de l'I.A. sur nos organisations sociales et nos démocraties sont donc réelles, mais si elles inquiètent certain comme Laurent Alexandre, d'autres comme Nick Bostrom prévoit l'arrivée d'une
« superintelligence » qui nous dépassera purement et simplement.

L'argument de l'I.A. et de la Singularité (l'arrivée d'une superintelligence), est pour Jean-Gabriel Ganascia, tout bonnement une arme de propagande des GAFA pour supplanter les Etats.


[1] Nice Premium, "La cybernétique comme futur de la démocratie ?", 10/10/2013, https://www.nice-premium.com/actualite,42/la-cybernetique-comme-futur-de-la-democratie,11721.html
[2] Annabelle Laurent, "La société algorithmique serait un cauchemar", Usbek & Rica, 21/06/2017, https://usbeketrica.com/article/la-societe-algorithmique-serait-un-cauchemar



Jean-François Copé et Laurent Alexandre - On n'est pas couché 2 février 2019 #ONPC


La conception de l'I.A. et des systèmes d'organisation sociale qui vont en découler devront répondre aux questions éthiques : "L’éthique est une question qui s’impose désormais aux sciences et technologies du numérique." [1].

Les multinationales du numérique, qui selon Jean-Gabriel Ganascia, n'ont d'autres intentions que de supplanter les Etats posent la question de la souveraineté face au numérique : "L’influence du numérique sur nos sociétés défie la notion de souveraineté « et amène à y intégrer différentes formes de souveraineté, qui incluent en particulier la question de la souveraineté sur les infrastructures, les souverainetés numériques des États, des organisations ou des citoyens, les souverainetés scientifiques, ou des souverainetés supranationales, comme la souveraineté européenne »." [1].

La société numérique bouleverse et fragilise la souveraineté nationale en facilitant l'influence d'intérêts extérieurs et en supplantant les frontières des Etats. Dans les régimes non-démocratique, elle permet de sortir de la doctrine dictatoriale et d'agir pour instaurer un débat démocratique ou d'organiser la contestation du régime. Dans un régime démocratique, elle est une pression sur la politique démocratique des Etats de droits pour rabotter, en agitant les enjeux économiques, nos droits à la vie privée ou d'offir des outils solutionnistes à nos gouvernances dans un objectif d'instaurer une techno-dépendance des Etats.

La société numérique pose comme enjeux [1] : 

  • «  En quoi la notion de souveraineté en général, concept politique ou philosophique étranger aux sciences du numérique, peut-elle s’appliquer au numérique ? »
  • « Peut-on imaginer qu’une souveraineté numérique s’impose, soit en renversant la souveraineté politique nationale classique et les frontières des États, soit en coexistant avec elles ? »
  • « Comment les concepts et les pratiques de la souveraineté nationale peuvent-ils s’harmoniser avec des systèmes planétaires de circulation des données numériques qui semblent conduire à l’obsolescence de la territorialité ? »

Les multinationales du numérique risquent de nous aliéner en réduisant notre vie privée à néant ou encore nos droits humaines, ainsi la Cerna (Commission de réflexion sur l’éthique de la recherche en sciences et technologies du numérique d’Allistene) suggère de commencer : " « à élargir explicitement au domaine numérique le principe énoncé par l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 selon lequel “toute personne a droit à la liberté de pensée”, repris par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 et par l’article 10 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne de 2000 »." [1].

Ainsi pour le Cerna : "On ne peut concevoir aujourd’hui de liberté de pensée sans une souveraineté numérique capable de permettre à chaque individu d’être autonome dans sa réflexion et souverain dans ses choix" [1].

Qui plus est, concernant le respect de la vie privée, le Cerna préconise de : "garantir l’intégrité et la confidentialité des données numériques en s’appuyant sur le renforcement de la recherche en cybersécurité et ses applications pour garantir l’expression de toutes les souverainetés, qu’elles soient nationales, numériques, scientifiques ou individuelles" [1].


[1] Jacques-André Fines Schlumberger, "La souveraineté à l'ère du numérique. Rester maîtres de nos choix et de nos valeurs", La revue européenne des médias et du numérique, octobre 2018, https://la-rem.eu/2018/11/la-souverainete-a-lere-du-numerique/





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